|
|
SOCIALISATION
ET COMPORTEMENT CHEZ LE CHIEN
Chez les
mammifères, il est généralement admis que
l'adaptation et l'intégration à l'environnement
passent par des processus de socialisation. Il s'agit d'une phase
de découverte et d'apprentissage de la vie, durant laquelle
le jeune animal va enregistrer le plus d'informations possible
sur son milieu et son groupe, et développer les comportements
appropriés. Chez le chien, cette phase dure jusqu'entre
la 13ème et la 16ème semaine.
Un animal qui n'a pas acquis un comportement social normal peut
développer des attitudes inappropriées (peur, aboiements
intempestifs, destruction, agressivité etc.) et devenir
de ce fait une véritable contrainte pour son propriétaire.
Les problèmes comportementaux du chien doivent être
diagnostiqués et traités rapidement, afin d'éviter
une évolution chronique beaucoup plus difficile à
soigner.
La
socialisation est une phase très importante de l'évolution
des mammifères. Le jeune animal doit apprendre à
connaître le monde dans lequel il vit, et à reconnaître
les différentes espèces avec lesquelles il va devoir
cohabiter. Par l'exploration et le jeu, le chiot va découvrir
que son environnement est peuplé de chiens, de chats, d'hommes,
et de quantité d'espèces étranges pour lesquelles
ses comportements doivent être adaptés. Soumission,
respect, fuite, agressivité, toutes les attitudes sont
passées en revue. C'est aussi la période d'apprentissage
des stimuli sensoriels : bruits, odeurs, goûts, diversité
de cet univers tout neuf. Le chiot développe ainsi les
comportements nécessaires à sa survie. L'adaptation
est d'autant plus efficace que l'expérience acquise est
grande. Plus l'environnement du chiot jusqu'à la 16ème
semaine est stimulant, plus l'animal sera en confiance dans sa
vie future, et son comportement adapté aux diverses situations
rencontrées. Il existe bien entendu quantité d'expériences
qui ne pourront pas être acquises durant la phase d'adaptation,
et la réaction normale est la méfiance, voire la
peur. Un chien qui n'a jamais rencontré de chat dans son
jeune âge montre généralement une curiosité
méfiante à la vue d'un félin. Son approche
finit souvent par un coup de griffe sur la truffe et un réflexe
de peur ou d'agressivité par la suite. Ce chien n'a simplement
pas appris le langage des chats !
Bien entendu,
si beaucoup de comportements sont acquis, il ne faut pas négliger
la part innée chez l'animal. La sélection par l'élevage
des animaux considérés les mieux adaptés
influe également sur l'équilibre (ou le déséquilibre
!) du chien, et sur ses capacités d'apprentissage.
Il n'en
reste pas moins qu'un défaut de socialisation peut entraîner
diverses conséquences en particulier des manifestations
telles que peur et phobie.
Qu'est-ce
que la peur ? Une émotion qui suit la prise de conscience
d'un danger réel ou imaginaire, et qui provoque une réaction
de protection du sujet qui la subit. Cette réaction peut
être la fuite, l'agressivité, la soumission, mais
il s'agit toujours d'un réflexe lié à la
survie de l'individu dans un milieu hostile. Des réactions
constantes de peur sortent du cadre de la fonction biologique
du stimulus et sont symptomatiques d'un problème de socialisation
ou d'adaptation.
Lors d'une
mauvaise adaptation à un stimulus, le chiot peut développer
une hypersensibilité, voire une phobie à son égard.
La phobie est une réaction extrême de peur et se
manifeste comme une réaction irrationnelle, stressante
et persistante chez l'animal, ne provoquant aucun bénéfice
comportemental : elle s'exprime par des tremblements, des gémissements,
un désir de se cacher ou une agitation excessive
Elle est souvent accompagnée de troubles de l'état
général, tels que diarrhées, vomissements,
léchage excessif par stress, automutilation ou agression.
L'origine de la phobie n'est pas toujours à rechercher
dans les premières semaines de vie du chien, elle peut
aussi résulter d'un traumatisme à l'âge adulte.
Le chien
réagit beaucoup aux stimulations auditives. Les sons imprévisibles,
associés ou non à des stimuli visuels, olfactifs
ou émotionnels, sont à l'origine de nombreuses phobies.
Dans sa vie de tous les jours, le chien est régulièrement
confronté à de tels bruits : orages, feux d'artifice,
circulation, tondeuse à gazon, aspirateurs
La phobie
s'exprime par une réaction disproportionnée durant
bien plus longtemps que la stimulation. Avec le temps, l'animal
peut anticiper le stimulus et y associer un bruit, un contexte,
sa phobie se développe et devient alors de plus en plus
difficile à gérer.
Le propriétaire
peut jouer un grand rôle dans l'adaptation du comportement
de son animal. Il représente le chef de la meute où
évolue son canidé. Si ses signaux sont équivoques
ou incompréhensibles, le chien restera sur ses gardes,
dans un état de méfiance ou de peur. La stabilité
de la relation maître-chien est fortement liée à
la qualité de la communication. Il est nuisible de tenter
de rassurer un chien qui a peur : il risque d'associer sa réaction
de peur à l'attention qui lui est donnée et son
comportement à une récompense. Le chien peut alors
modifier son comportement pour bénéficier des soins
de son maître. Il peut aussi interpréter les mots
apaisants et les caresses de son maître comme des signaux
d'alerte qui justifient sa peur.
Un chien ne doit jamais être enfermé dans un endroit
confiné où il risque d'être exposé
à des événements traumatisants imprévisibles
sans pouvoir leur échapper. Normalement l'animal a une
place qui est sienne et qui le rassure. Cette place doit être
accessible en tout temps, d'autant plus si le propriétaire
s'absente et que le processus de peur risque de se déclencher.
Exemple : un chien phobique aux orages reste seul au domicile.
Le tonnerre gronde et l'animal ne peut gagner son refuge. Il va
tenter de fuir par tous les moyens (risque de dégâts
au mobilier !) et sa phobie risque de se renforcer, associant
ensuite la pièce où il se trouvait à l'orage.
Cet espace peut devenir alors un nouvel objet de panique.
La peur
peut donc se muer en phobie. La phobie elle-même n'est pas
un état fixe, mais peut évoluer en anxiété
qui représente un stade où l'animal ne peut plus
s'adapter à son environnement, le chien a peur d'avoir
peur.

Une
forme spécifique de l'anxiété est l'anxiété
de séparation. Un animal hyper attaché à
son maître cherche son contact permanent et sollicite son
attention par la demande de jeu, de caresses, ou par des comportements
beaucoup moins agréables : destruction, hurlements, défécations
ou marquages urinaires lorsque il est laissé seul.
L'attitude et la communication adoptées par le propriétaire
sont primordiales et déterminantes pour le comportement
du chien et le développement des symptômes décrits.
Un propriétaire qui se sent coupable de laisser son animal
seul et qui tente de le rassurer avant chaque séparation
va induire un syndrome d'abandon, et chaque départ sera
vécu par le chien comme un traumatisme. Le même type
de raisonnement est valable lors du retour : La meilleure attitude
à avoir lors du départ et du retour est l'indifférence
aux réactions exagérées du chien, jusqu'à
ce que celui-ci se calme. Le maître qui entre dans le jeu
de " fête " de son animal va renforcer l'attachement
et provoquer un sentiment d'impatience d'autant plus grand lors
de ses absences. Seul le propriétaire, chef de meute, a
le droit de chercher le contact du chien, et non le contraire.

Complexes,
les problèmes de peur, phobie, anxiété requièrent
souvent l'aide d'un vétérinaire. En mesure de prévention,
il s'agit de bien gérer la période de socialisation
- adaptation en offrant une exposition régulière
aux différents stimuli. Chez le chien souffrant déjà
de peur ou de phobie, il convient de tenter d'éviter toute
exposition aux stimuli.
Certaines
maladies systémiques peuvent générer des
signes comparables à des problèmes comportementaux,
mais dont le traitement n'appartient pas du tout au même
registre. Le diagnostic d'un vétérinaire spécialiste
s'avère donc indispensable.
Un chien souffrant de phobies doit être soigné le
plus vite possible pour éviter de se trouver face à
un problème insurmontable. Le vétérinaire
va traiter le chien en considérant les symptômes
constatés lors d'une crise phobique, tenter d'identifier
l'origine de la peur et la combattre. Plusieurs procédés
thérapeutiques peuvent aider à ramener au chien
son équilibre. Certains médicaments peuvent être
très utiles au moment même de la phobie, lors des
phases aiguës. Ils améliorent également la
réponse du chien à la thérapie comportementale
et luttent contre la généralisation de la phobie.

Une
autre approche permet d'apaiser le chien grâce à
des phéromones.
Les deux premières semaines de la vie du chiot se passent
au contact quasi constant de la mère. Ce contact qui rassure
le jeune dans son environnement, est dû notamment aux phéromones
produites par les glandes sébacées du sillon inter-mammaire
de la chienne. Les phéromones sont des substances complexes
et volatiles secrétées par le corps, qui facilitent
la communication olfactive au sein de l'espèce. Ces molécules
interagissent avec des cellules olfactives de la cavité
nasale, induisent un influx nerveux vers le cerveau, qui va provoquer
une adaptation du comportement de l'animal. Dans le cas des phéromones
d'apaisement, on observe une stabilisation de l'état émotionnel,
les événements non prévisibles semblant plus
familiers au chien. Ces effets persistant chez l'animal adulte,
la D.A.P. (Dog Appeasing Pheromone) a été synthétisée.
La D.A.P. reproduit l'ensemble des effets des phéromones
maternelles d'apaisement, et peut de ce fait être utilisée
en thérapie.
Les effets des phéromones ne se font pas sentir d'une espèce
à l'autre, et on ne leur connaît pas d'effets secondaires
ou néfastes.
D.A.P. s'utilise pour faciliter l'adaptation du chiot à
son nouvel environnement, séparé du jour au lendemain
de sa mère et de ses frères et surs. Un chien
qui perd un compagnon de vie ou de jeu peut subir une phase dépressive
et la D.A.P. peut le stabiliser émotionnellement. Dans
les cas d'hyperattachement décrits plus haut, de prévention
des peurs et des phobies et de thérapie comportementale,
D.A.P. offre une réponse améliorée. La D.A.P.
s'utilise en branchant un diffuseur à une prise électrique
dans la pièce où se trouve le refuge du chien, et
les phéromones diffusent pendant un mois.
La
désensibilisation est un processus de réduction
de la peur en association avec de la relaxation. Le chien est
exposé de façon progressive au stimulus auquel il
est sensible. Si un bruit est la cause du trouble, on l'isole
et on le fait écouter à l'animal progressivement,
jusqu'à ce que l'habituation soit totale et l'insensibilité
atteinte.
Le contre-conditionnement va plus loin : suite à la désensibilisation
de l'animal, on associe l'élément qui déclenchait
la peur à une expérience positive de façon
répétée, de manière à ce que
le chien associe le stimulus non plus au stress mais au résultat
positif lié. A ces fins, des CD de bruits de feux d'artifice,
d'orage ou de circulations ont été spécialement
édités pour ces traitements (
www.soundscary.com
).
Les thérapies
médicamenteuses et comportementales se complètent
et peuvent être utilisées parallèlement pour
mieux gérer les problèmes. Pour toutes les possibilités
de traitement des problèmes comportementaux chez le chien,
votre vétérinaire demeure votre interlocuteur de
choix , et il se fera certainement un plaisir de vous renseigner.
D.A.P.
a montré une efficacité dans un grand nombre de
troubles comportementaux liés au stress et à la
détresse du chien comme les signes liés à
l'hyperattachement, les peurs ainsi que les phobies. Pour les
phobies aux feux d'artifice par exemple, un essai a montré
que D.A.P. branché 14 jours avant la date connue de l'événement
traumatisant a permis de diminuer l'apparition des signes les
plus fréquents dans environ 80% des cas sans altérer
l'état de conscience de l'animal.

|